Le chanteur martiniquais Victor O sort son premier album ’Revolucion Karibeana’. Un opus très personnel dans lequel se côtoient les influences musicales d’une grande partie de la Caraïbe.
Victor O est né en Martinique. Il est arrivé dans l’Hexagone à l’âge de onze ans pour retourner sur l’île aux fleurs 26 ans plus tard. Ses différentes sensibilités artistiques se sont exprimées successivement, jusqu’à la genèse de son premier album, Revolucion Karibeana sorti en 2009. Un aboutissement, une réalisation très personnelle, dans laquelle Victor O chante ses multiples influences caribéennes. Rencontre.
Le titre de l’album de Victor O fait référence à la révolution cubaine ©
Quelle est la révolution à laquelle vous aspirez ?
Victor O : Le titre Revolucion Karibeana est un clin d’œil à la révolution cubaine. Ici, il s’agit de ma propre révolution. Je parle de mon cheminement personnel, entre la métropole où j’ai vécu très longtemps - comme beaucoup d’Antillais - et mon retour à la Martinique. J’y ai retrouvé un morceau. Ça a été un véritable chamboulement, d’où le terme "revolucion". Cette histoire, c’est le réveil de quelque chose qui était en moi, profondément endormi.
En rentrant en Martinique, j’ai retrouvé les musiques de mon enfance, des inspirations liées à des lieux particuliers, parce que les gens vivent autrement, parce que le rythme est différent... Je me suis reconstruit.
Qu’est ce que ce retour en Martinique a changé dans votre façon de faire de la musique ?
Victor O : Disons que j’ai retrouvé ma musique originelle. Quand j’ai commencé ma musique, je faisais un mélange de funk et de musique créole. Ensuite j’ai travaillé dans le hip hop, dans la variété, j’ai écrit pour Clémentine Célarié… J’ai joué dans un groupe, [Dafataïgazz], j’ai fait plein de choses très différentes.
Une fois de retour en Martinique, je n’étais plus en groupe, je n’avais plus de compromis à faire. J’ai juste cherché à exprimer ce que j’avais en moi. C’est mon premier album solo, il s’agit d’un album très personnel.
Vous avez écrit le morceau « Le président », qui évoque
l’accession à la présidence d’un Noir. Et ce, bien avant que qu’Obama
ne devienne le chouchou des médias… Seriez-vous visionnaire ?
Victor O : Une des fonctions de l’artiste est de capter l’air
du temps. La question d’avoir un jour un président noir dans un pays
occidental était dans l’air, c’est juste ça. Ce morceau a vu le jour
en 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle française.
Cela ne correspondait à pas l’expression d’un rêve, mais juste un
espoir qu’un jour il soit possible de voir un président Noir dans un
pays occidental. Ce qui peut étonner, c’est que je chante « Aboubacar, 53% », ce qui a été le score d’Obama lors de son élection.
Les réalisateurs du clip du "Président" ont rédigé une biographie fictive au personnage central, Adrien Aboubacar. Ils en ont fait un métis, né en Martinique d’une Toulousaine et d’un Ivoirien. Au regard du métissage d’Obama, c’est certes un peu troublant, mais ce n’est que du pur hasard.
Des clips très scénarisés accompagnent vos morceaux, vous attachez beaucoup d’importance à l’image ?
Victor O : L’image est très importante, voire essentielle. Je
fais de la photo par passion. Le réalisateur du clip du morceau « Le
président » est un militant occitan. Il a réalisé son clip comme un
acte militant. Il a mis toute sa passion dedans. Wali Badarou, un musicien béninois y incarne le président. C’est la même équipe qui a réalisé le clip de Revolucion Karibeana...
Je ne considère pas l’image comme une valeur ajoutée à la musique, mais comme une action artistique à part entière.
Le texte du morceau Terre Sainville est particulièrement rythmé, il pourrait presque être rappé…
Victor O : C’est vrai, il pourrait être slammé. C’est un
morceau entièrement en français, car je voulais que tout le monde
comprenne son histoire. Celle de mon retour dans le quartier de mes
grands-parents , celui où ma mère est née. Terre Sainville, c’est l’un des derniers quartiers populaires du centre-ville de Fort-de-France.
Dans le clip du morceau "Le président" Victor O évoque l’élection d’un président noir avec 53% des suffrages ©
Ca a toujours été un quartier d’immigration. J’y ai trouvé une Martinique qu’on ne dépeint pas dans les prospectus. C’est la Martinique de l’immigration issue de toute la Caraïbe. C’est un quartier où l’on trouve de la drogue, de la prostitution, mais aussi beaucoup de solidarité. Il y a une véritable identité et une vraie vie de quartier à Terre Sainville. J’ai retrouvé tout cela, et j’en parle dans cette chanson. Cet un quartier très intéressant pour qui veut connaitre la Martinique « réelle ».
Cette Martinique correspondait à celle de vos souvenirs d’enfant ?
Victor O : Non. Je ne suis pas issu de milieu populaire. J’ai
reconnu la Martinique chaleureuse, celle de l’amitié, où l’on va l’un
chez l’autre. Et j’ai aussi découvert une Martinique différente, que je
ne connaissais pas.
Vous avez été producteur, notamment de hip-hop, c’est une approche de la musique qui vous attire toujours ?
Victor O : Je pense retourner à la production. J’ai un coté
Pygmalion, j’aime bien découvrir les gens, les aider à se révéler à
eux-mêmes…Il s’agit d’une face non aboutie de moi. J’ai vraiment envie
de découvrir des gens, de faire leur album, de les amener à la scène,
et, si possible au succès. Jusqu’à présent, je n’y suis pas exactement
arrivé, même si j’ai croisé la route d’artistes qui depuis ont fait
leur chemin…
Lorsque j’ai monté mon label, je voulais faire de la variété, au premier sens du terme. Je m’intéressai à plein de styles différents, et refusais de me limiter à une catégorie. J’écoute du rock, de la soul, du funk…je ne veux pas qu’on m’enferme dans un truc. J’aime beaucoup les chansons, les textes vrais, portés par de jolies mélodies.
D’où vient votre connaissance de votre culture caribéenne au sens large ?
Victor O : C’est une connaissance qui est commune à beaucoup d’Antillais de ma génération. J’ai quarante ans aujourd’hui. Plus jeune, j’ai été très marqué par l’arrivée du reggae. Bob Marley a imprégné ma petite enfance, tout comme le reggae londonien. Je suis un fan inconditionnel de groupes tels que Steel pulse, qui ont influencé ma manière de chanter.
J’ai aussi eu la chance d’avoir des grands frères et de m’ouvrir, grâce à eux, à une culture musicale assez riche. La Perfecta, Kassav à ses débuts, la musique latine, Fania all stars... La Caraïbe est extrêmement riche sur le plan musical.
Ecrire pour d’autres, cela vous tenterait à nouveau ?
Victor O : Oui. Je l’ai fait dernièrement pour Orlane, une chanteuse réunionnaise. L’exercice de style m’intéressait, car il s’agissait d’écrire autour de certains sites de son ile d’origine.
J’aimerais beaucoup écrire pour Jocelyne Beroard, qui est pour moi LA grande diva caribéenne, du même acabit que Myriam Makeba ou Cesaria Evora. Elle a un parcours vraiment hors norme, et j’aimerai beaucoup écrire, avec elle et pour elle.
En savoir plus :
* VIDEO. Victor O invité de l’émission "10 minutes pour le dire"
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