Après 10 ans de collaboration, le duo de hip-hop créole Sked Skwad sort son premier album le 5 octobre.
Chimen chien, c’est un sentier sauvage. Sans balises ni contraintes. Et c’est le nom de ce premier album du groupe Sked Skwad. Quinze morceaux de hip-hop créole, pour un album authentique et original.
Tidam’ et Eds’ © Lionel Chamoiseau
Eds’ et Tidam’ sont Sked Skwad. Deux Martiniquais, qui tiennent avant tout à produire un rap « qui leur ressemble ». Pas de violence, ni de bling bling. « Nous avons grandit à Ducos, dans une petite commune tranquille en Martinique. Nous ne sommes pas originaires de quartiers difficiles », résume simplement Edson. Pas besoin, donc, d’en rajouter sur une image de galérien, histoire de s’acheter une pseudo-crédibilité dans le milieu.
Pas de machisme non plus. « Les filles ne sont pas nombreuses dans le rap ou le dancehall. Elles sont une proie facile. Je ne vois pas l’intérêt de faire un morceau connoté ’hardcore’, juste en s’acharnant gratuitement les femmes, la police ou les homosexuels. Dans ce milieu, cela revient presque à prêcher des convaincus ».
Tradition antillaise
Pourtant, musicalement, les références sont classiques… jusqu’à un certain point. Tidam’ cite en vrac NTM, IAM, Bustaflex « à ses débuts », précise t-il. Eds’ quant à lui évoque Talib Kweli, Mos Def, Dead Prez… Mais eux ne samplent pas la funk ou la soul, ni même le jazz : ils n’en n’ont pas écouté pendant leur jeunesse.
En revanche, les chanteurs traditionnels antillais les inspirent. « Joby Barnabé, Dédé Saint Prix… Tous ces trucs que nos parents nous faisaient écouter quand on était petit et qui ne nous intéressaient pas à l’époque, on les a redécouvert sur le tard. Ce sont des morceaux qui peuvent paraître simples au premier abord, mais qui ont une puissance dans l’écriture ».
Ne m’appelle pas Black
Janik, Straïka, Yaniss Odua et surtout Neg Lyrical et Negkipakafèlafet sont autant de noms qui reviennent souvent dans la bouche des deux rappeurs. Des « idoles, sur le plan local » avec qui ils ont eu la chance parfois de collaborer. En bref, ils rappent comme ils sont, sans se poser trop de question. C’est ainsi qu’on peut retrouver dans Chimen Chien des morceaux tels que « Ne m’appelle pas Black », avec la guitare pour seul support instrumental.
Les paroles dressent un constat amer : « Les « blacks », « de couleur » ou « minorité visible » nous ont fait plonger, couler, toucher le fond d’une médiocrité risible ».
Un morceau né d’un « étonnement » partagé, face à une appellation dans laquelle ils ne se retrouvent pas. « Le terme black est fashion, moderne, on parle du ‘black de Chatelet’, ‘du beau black’… c’est un cliché, une mode, dans lequel les Noirs aiment à se retrouver car cela les change des images qu’on a pu avoir d’eux au cours des années », regrette le duo.
Chimen chien est le premier album de Sked Skwad © DR
Autocritique
Leurs réflexions personnelles, à la fois tendres et sans concessions, on les retrouve dans Tjek an Wotè. « Un clin d’œil à la société antillaise qui se perd parfois dans la quête du plaisir à court terme », explique Eds’. « Une critique qui nous concerne également », précise Tidam’. « On n’est pas là pour donner des leçons, on doit accepter de se regarder en face. »
Aux cotés de ces constats amers, on trouve sur Chimen chiendes passages plus légers. Rue Zizine et Désetages, « c’est un morceau représentatif des communes antillaises. On part d’anecdotes qui deviennent fédératrices par la suite. C’est tout le contraire du marketing actuel, remarque Eds’, où l’on fait des études pour savoir que le public veut entendre pour ensuite le produire. »
Définitivement Martiniquais, Eds’ et Tidam’ vivent dans l’Hexagone depuis quelques années. Le premier est dans la finance à Paris, le second se dirige vers un poste d’éducateur sportif à Bordeaux. Ils se connaissent depuis l’enfance, ont pris près de quatre ans pour mûrir et sortir leur album. Chacun écrit ses propres textes, en français et en créole. Eds’ compose parfois, mais pas pour Chimen Chien. Ils ont fait appel à des compositeurs, Grégory Privat et Manuel Mondésir, entre autres.
Le résultat : un hip hop libéré des codes, avec des textes réfléchis et efficaces sur une musique savamment dosée. Sur scène, ils s’accompagnent d’une formation live, avec tambour, basse, piano batterie, mais aussi DJ, « histoire de donner une plus value au live », commente Tidam’.
L’album, autoproduit, est distribué en Martinique et en Guadeloupe depuis avril. Disponible à la vente sur la page Myspace du groupe, il arrive dans l’Hexagone le 5 octobre.
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