Née le 22 avril 1910 à Fort-de-France, la doyenne des comédiennes et chanteuses françaises souffle aujourd’hui ses cent bougies.
La chanteuse et comédienne martiniquaise Jenny Alpha © DR
A cent ans, Jenny Alpha demeure une figure emblématique de la scène parisienne et française, qui a travaillé avec les plus grands artistes et metteurs en scène tels Jean-Louis Barreau, Jean-Pierre Mocky, Julius-Amédée Laou et Jean-Marie Serreau, pour ne citer que ceux-ci. Au théâtre, elle a joué dans une centaine de pièces, ayant pour auteurs Courteline, Bertold Brecht, Marguerite Duras, Aimé Césaire, Shakespeare, Sophocle, Tchekhov (dans La Cerisaie, Jenny Alpha avait alors 95 ans !) entre autres.
La Martiniquaise, arrivée dans l’Hexagone en 1929 pour suivre des études d’histoire afin de devenir enseignante, a finalement consacré sa vie à la chanson, au cinéma et au théâtre.
Sa carrière et son engagement dans le mouvement de la négritude lui ont permis de côtoyer les plus grands : les artistes afro-américains Duke Ellington, Billie Holiday, Mahalia Jackson et Joséphine Baker, ainsi que les écrivains Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Langston Hughes, Richard Wright…
Toujours active, accueillant et conseillant de nombreux artistes, Jenny Alpha reste une véritable pionnière, concernant la présence de comédiens noirs sur la scène française. Elle confiait à ce propos au site Internet de Radio France Internationale, en septembre 2003 : « Vous êtes trop frileux. » (les metteurs en scène, ndlr). Pourquoi ne voulez-vous pas donner le rôle de Célimène ou de Phèdre à une comédienne noire ? « Mon Dieu, Jenny, m’avait-on répondu à l’époque, le public éclaterait de rire s’il voyait une femme noire jouer Phèdre sur scène ». Je refuse de penser que le public soit aussi borné qu’on le croit. Il ferait l’effort si on le lui demandait. D’autant que les personnages qui peuplent le théâtre classique sont en grande partie issus de l’Asie mineure ou de la Perse. Quel mal y aurait-il alors à ce que ces rôles soient interprétés par des comédiens non-européens ? En réalité, ce n’est même pas une question de vraisemblance ou de crédibilité. Ce sont les metteurs en scène qui ne veulent pas prendre le risque de bousculer les habitudes des spectateurs. Mais la situation est en train de changer. La couleur de la peau n’a rien à voir avec la passion, et le théâtre c’est la passion. »
Jenny Alpha a été faite officier de l’Ordre des Arts et des Lettres en février 2005, et promue chevalier de la Légion d’honneur le 1er janvier 2009. Son dernier album, La Sérénade du muguet, est sorti en novembre 2008 (chez Aztec Musique).
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