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Publié le 22/05/2009 | 11:51

HISTOIRE. La Martinique commémore le 22 mai

Par Maité KODA

La Martinique se souvient du 22 mai 1848, jour où les esclaves se sont défaits de leurs chaînes.

Conférences, marches, retraite aux flambeaux, vidé, bèlè... Les 21 et 22 mai, c’est toute l’île de la Martinique qui célèbre les esclaves libérés.

  Initié par Victor Schoelcher, le décret est arrivé trop tard en Martinique : les esclaves s’étaient déjà libérés © AFP Il y a 161 ans, à force de révoltes et de détermination, les esclaves martiniquais ont arraché eux-mêmes leur liberté, avant que le décret d’abolition ne parvienne jusqu’à eux. 
 Retour sur une libération obtenue après deux jours d’émeutes décisives.

La révolte gronde

En Martinique comme dans les autres colonies, les esclaves n’ont jamais cessé de lutter pour obtenir leur liberté. Le 27 avril 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, un décret proclamant l’abolition de l’Esclavage dans les colonies françaises est enfin adopté. Il entre en vigueur le 23 mai en Martinique.

Après la publication du décret à Paris, les esclaves ont vent de ce qui se prépare dans l’Hexagone. Tous les jours, on espère l’arrivée du décret salvateur abolissant l’esclavage. Les esclaves doivent être affranchis dans les deux mois qui suivent... Cependant, les journées puis les semaines passent et la libération tant espérée n’arrive pas. Les esclaves craignent que ce décret soit factice. En effet, le rétablissement de l’esclavage huit ans après son abolition de 1794 reste gravé dans les esprits.

Certains bourgeois de couleur et quelques démocrates blancs s’allient à la cause des esclaves et entrent en campagne pour réclamer leur libération immédiate. Les esclaves sont à bout, le sentiment de révolte prend de plus en plus d’ampleur.

Les émeutes de Saint-Pierre 

Les 21 et 22 mai 1848, l’île est le théâtre de nombreuses émeutes. A Saint-Pierre, un esclave est arrêté et conduit en prison pour avoir joué du tambour. La nouvelle se répand très rapidement. C’est l’embrasement. Plus de 2 000 esclaves se saisissent de coutelas, de lames et de bâtons et vont réclamer sa libération. Ils se heurtent à des maîtres armés de fusils.

Vingt-cinq esclaves sont tués. La vue de ces cadavres et des nombreux blessés décuple la volonté des insurgés. Ils menacent d’incendier toute la ville. Paniqué, conscient de son impuissance face à la détermination des esclaves, le conseil municipal se réunit d’urgence et vote l’entrée en vigueur immédiate du décret d’abolition à Saint-Pierre.

Le décret entre en vigueur 

Le lendemain, le 23 mai, alors que des incidents similaires se déroulent dans d’autres villes de la Martinique, le gouverneur décrète l’abolition de l’esclavage et l’abandon des poursuites contre les insurgés. Conformément au décret voté à Paris, les colons sont indemnisés pour la perte de leur main d’œuvre gratuite.
Quant aux esclaves, ils ne bénéficient pas de ces largesses et devront survivre par leurs propres moyens. 

Chaque 22 mai, les Martiniquais commémorent par un jour férié non pas l’application locale du décret, mais la révolte de Saint-Pierre qui a permis l’abolition.

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