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Publié le 16/06/2010 | 15:29

CHLORDECONE. Une première vérité scientifique

Par Karine Sigaud-Zabulon

Un rapport scientifique rendu public le 21 juin dernier confirme : Il y a bien un lien entre l’homme exposé à la chlordécone et le cancer de la prostate.

© DR

C’est la première étude de l’Inserm sur les conséquences humaines de cette molécule tant décriée aux Antilles. Plus de huit cent mille personnes sont concernées. (Voir vidéo à droite).

L’étude était attendue, espérée, réclamée surtout après le rapport du professeur Dominique Belpomme. Ce rapport, qui n’est pas une étude scientifique, met en évidence les risques de cancers liés à l’utilisation des pesticides. Il avait provoqué un mini séisme en 2007 dans l’hexagone, où de nombreux médias s’étaient emparés du dossier.
Reportage diffusé dans le 13 heures de France 2 en 2007

Après la médiatisation de l’affaire, le premier « plan national » pour lutter contre la chlordécone est présenté. Pendant ce temps, l’étude scientifique déclenchée en 2004, arrive à terme. Les résultats sont publiés 6 ans plus tard.

Réactions
L’étude scientifique menée en Guadeloupe par l’Inserm, l’institut national de la santé et de la recherche médicale, confirme une partie du rapport du professeur Dominique Belpomme. L’exposition de l’homme à la chlordécone augmente le risque de cancer de la prostate de 80 pour cent. Les responsables d’associations écologiques qui militent aux Antilles pour une agriculture sans pesticides, ne sont pas étonnées de ce résultat. Pour le président l’association pour une écologie urbaine, Louis Boutrin, ces recherches sont orientées. « Comment voulez-vous diriger une étude et être sur le banc des accusés (faisant référence à l’Etat qu’il met en cause dans l’utilisation massive de pesticides organochlorés aux Antilles alors même que les produits étaient interdits dans l’Hexagone, ndlr)… Vous n’allez pas vous tirer une balle dans le pied ! ». Les propos sont moins virulents de la part du président de l’association pour une Martinique autrement, Puma. « C’est un début » dit Florent Grabin. « Il faut maintenant avancer ». Il regrette cependant que les résultats de cette étude scientifique aient été dévoilés en pleine coupe du monde de football alors même que l’étude s’est achevée en 2007. « La population ne réagit pas. Tout le monde est rivé devant sa télé, pourtant ce sont des générations que l’on tue ».

Rapport Belpomme, un rapport dérangeant
La molécule restera 5 siècles au minimum dans les sols selon le cancérologue Dominique Belpomme. Dans son rapport de 2007 d’audits externe et d’expertises réalisés en Martinique, il met en évidence les risques agroalimentaires, sanitaires et environnementaux des pesticides. « Nous n’avions pas uniquement analysé le cas de la chlordécone, nous avions analysé l’ensemble des pesticides qui avait été administré avant la chlordécone et depuis l’arrêt de la chlordécone en 93 » précise le professeur Dominique Belpomme. « J’en avais déduis que les pesticides étaient probablement à l’origine des cancers de la prostate ». Probabilité aujourd’hui confirmée scientifiquement par l’étude « Karuprostate » menée en Guadeloupe par l’Inserm et le CHU de Pointe-à-Pitre. « Les résultats obtenus en Guadeloupe confirment ceux que nous avons publié dès 2009 concernant la Martinique et dont tient compte le rapport scientifique du plan chlordécone » conclue t-il. Mais les conséquences de l’utilisation des pesticides en Martinique ne s’arrêtent pas là. « Cela pourrait également expliquer l’explosion des cancers du sein, celle du diabète de type 2, et surtout les problèmes d’hypo-fécondité et de stérilité » poursuit l’auteur du rapport. Ces conclusions avaient à l’époque provoquées une attaque en règle, aussi bien de la part des scientifiques de l’Inserm que de la part de certains élus qui l’ont entendu lors d’une audition de la commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire de l’assemblée nationale le 7 novembre 2007. Des pressions telles, qu’aujourd’hui le cancérologue pèse ces mots et gère sa communication.

D’autres résultats à venir
« Nous nous étions posés des questions bien avant l’explosion médiatique de fin
2007, et en plus nous avons mis les moyens pour y répondre » dit le docteur Luc Multigner chercheur à l’Inserm et co-rapporteur de l’étude Karuprostate. « Depuis les différentes données connues sur la toxicité du pesticide contenant la chlordécone, des recherches ont été lancées. Il a fallu le temps de les mettre en place en 2002, chercher les financements, puis débuter les travaux scientifiques avec des cas représentatifs, dès 2004 » Précise le chercheur. Depuis 2004, une autre étude est menée sur des nouveaux nés, issues de mère qui ont été exposées aux pesticides. Les nourrissons sont examinés à l’âge de 3, 7 et 18 mois jusqu’à l’âge de 6 ans. Les résultats de cette étude baptisée « Ti-moun » est attendue fin 2010 début 2011. Par ailleurs les études seront étendues en Martinique. Une orientation qui va dans le sens d’associations basées en Martinique et qui réclament elles aussi des réponses scientifiques aux questions posées.

Exposition
On parle d’exposition à la chlordécone lors d’inhalation (ce qui a pu être le cas d’ouvriers dans la banane lors d’épandage des pesticides organochlorés sur les exploitations), ou encore à travers la consommation d’eau contaminée ou d’aliments. Des taux de résidus de chlordécone mais aussi de d’autres polluants persistants se retrouvant dans des pesticides contaminent de nombreux légumes racines, des fruits légumes, des cours d’eau ou encore des produits de la pêche.

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